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Vincent Ricordeau

Entrepreneur autodidacte depuis ses 18 ans, Vincent a également passé une dizaine d'années à diriger des régies dans des grands groupes de presse ou de marketing sportif (VNU Publications et Sportfive). Il défend l'idée d'un changement radical du mode d'organisation de nos sociétés par une troisième révolution industrielle fondée sur la puissance d'Internet et sa structure en réseau pour établir une économie mondiale plus circulaire. En lançant KissKissBankBank en Septembre 2009, il rejoint les pionniers mondiaux du Crowdfunding avec Ombline et Adrien, et contribue à ce formidable élan que représente l'économie collaborative. Fort de leur position de leader Européen avec KissKissBankBank, ils ont lancé hellomerci.com en avril 2013 pour se positionner sur le segment du prêt entre particuliers. Plus d’informations sur www.kisskissbankbank.com

Vincent Ricordeau

Co-fondateur de KissKissBankBank

Le crowdfunding doit son succès à ses valeurs

Finance solidaire/responsable

Le crowdfunding doit son succès à ses valeurs

 

La finance participative ou crowdfunding existe depuis à peine   10 ans et a connu un remarquable essor : le marché mondial a doublé chaque année pour dépasser les 35 milliards de dollars  en 2015. Pour comprendre cette incroyable progression, il faut s’intéresser à la manière dont les réseaux sociaux ont bouleversé les modes de communication entre individus.

Depuis la naissance de ces réseaux sur Internet, tous les individus de la planète sont potentiellement connectés les uns aux autres. Ce système de pair à pair ou d’individu à individu est en train de révolutionner complètement nos modèles d’organisation, à tous les niveaux de la société.

On peut tout s’échanger en un clic : des bouts de vie, des expériences, des expertises, des objets, tous les contenus, mais aussi de l’argent. Nous, citoyens du monde, avons trouvé sur les plateformes de crowdfunding un puissant levier qui nous permet de présenter et de concrétiser nos projets. Dans le même temps, nous avons découvert un moyen fabuleux de reprendre le pouvoir sur notre argent, en finançant directement les projets de nos contemporains.

 

L’argent redevient un simple outil qui facilite les échanges

 

L’argent retourne ainsi à sa finalité première : constituer un outil qui facilite les échanges entre individus. Les citoyens se familiarisent ainsi avec l’idée que nous ne sommes pas obligés de passer systématiquement par les intermédiaires historiques du financement (banques, producteurs, éditeurs…) pour donner naissance à nos projets.

Petit à petit, nos concitoyens comprennent que nous avons un bout de la solution entre nos mains pour résoudre nos problèmes économiques. Si nous utilisons intelligemment une petite partie des milliers de milliards d’euros de trésorerie appartenant aux particuliers ou aux entreprises qui stagnent dans les banques, nous pourrons continuer à financer entre nous des millions de projets partout dans le monde. Chacun peut alors, à son échelle, devenir un micro-mécène ou un micro-business angel. C’est la naissance d’une finance transparente et responsable au service de l’économie réelle.

 

Le crowdfunding : effet de mode ou phénomène durable ?

 

Face à ce succès, le nombre de projets faisant appel au crowdfunding se multiplie. En dix ans à peine, nous avons d’abord proposé de financer des projets artistiques ou culturels, puis des projets technologiques, puis des projets de micro-entreprises, puis des projets personnels, puis des projets environnementaux ou agricoles. Très récemment, le cadre réglementaire du crowdfunding a été modifié par l’équipe d’Emmanuel Macron pour permettre à toutes les typologies d’entreprise de se financer entre elles. Un pas en avant. Mais alors que la législation progresse, les principaux sollicités, les particuliers, ne risquent-ils pas de ressentir une forme de lassitude face à un nombre croissant de sollicitations ? Si les acteurs du crowdfunding respectent les valeurs que le public voit en lui : l’empathie, le partage et surtout la transparence alors, le financement participatif a de beaux jours devant lui. D’autant plus que le crowdfunding offre également des rendements financiers potentiellement plus élevés que le reste des marchés financiers sur ses modèles de crowdlending (prêts rémunérés) ou de crowdinvesting (titres financiers ou parts sociales). Il me semble donc très clair que nous n’en sommes aujourd’hui qu’aux prémices de la finance participative.

 

 

LE risque majeur : vendre son âme

 

En revanche, si les acteurs du crowdfunding, comme vient de le faire Lending Club aux US, mélangent ou pire, substituent les mauvaises habitudes de la finance traditionnelle aux vertus de l'intelligence collective propre au financement participatif, je ne donne pas cher de notre nouvelle finance éthique. Le public sera alors, à juste raison, très déçu et se détournera des toutes jeunes plateformes de crowdfunding comme il se détourne déjà de la finance traditionnelle. Il convient donc, selon moi, d’être très vigilant sur les modes de fonctionnement des plateformes en évitant, par exemple, de donner une part trop belle aux investisseurs institutionnels et en évitant notamment que leurs outils complexes de titrisation et de produits dérivés ne créent, à terme, une nouvelle crise systémique comme en 2008 avec la crise des subprimes.

Dans le phénomène crowdfunding, c’est le mot "crowd"qui fait sa force d’innovation. L’abandonner au profit du mot unique "funding" sans restriction serait une grave erreur.

Nous devons être capables de défendre à la fois ce modèle économique sans perdre de vue l’éthique qui est au cœur de notre mouvement.

 

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