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Hugues Sibille

PDG du groupe de conseil Ten (1980-1997), puis Délégué interministériel à l’économie sociale en 1998, Hugues Sibille devient, en 2001, directeur des Partenariats de la Caisse des dépôts, en charge de la création des petites entreprises et de l’économie sociale. En 2005, il rejoint le Crédit Coopératif. Il est désormais Conseiller du Président et préside la Fondation Crédit Coopératif. Début 2015, il succède à Claude Alphandéry à la Présidence du think tank, le Labo de l’ESS. Hugues Sibille est également expert auprès de la Commission européenne, dans le cadre du GECES (Groupe d’Experts de la Commission sur l’Entrepreneuriat Social). Plus d’infos : www.lelabo-ess.org

Hugues Sibille

Président du Labo de l’ESS

Economie collaborative : se battre pour un vocable ou pour des valeurs ?

ESS – Economie collaborative

A l’ère de la révolution digitale, l’économie collaborative, hyper rapide et réactive, bouleverse notre façon de concevoir les échanges. Elle se revendique comme une nouvelle forme d’organisation horizontale qui "mutualiserait" des biens et des services, axés sur l’usage plus que sur la possession. Qui pourrait être contre? Cette nouvelle économie faciliterait aussi une mise en relation de citoyens et permettrait l’émergence d’une nouvelle façon de consommer : le « pair à pair ». Il devient désormais facile de covoiturer, de revendre des objets, de louer temporairement son appartement ou son parking, de proposer un diner chez soi à prix raisonnable, de participer financièrement à des projets, d'échanger du temps ou des savoirs, etc.

 

Les dessous du terme « collaboratif »

 

 

A première vue, cette nouvelle économie semble être un moyen d'échanger à moindre coût, tout en créant une communauté d’utilisateurs. Les dirigeants d'une partie de ces plateformes, laissent entendre que l’économie collaborative, quelle que soit sa forme, à partir du moment où elle est interactive 2.0, favorise le partage, la coopération, le lien social ou la solidarité. Pour eux, l’économie collaborative serait "par nature" porteuse de sens ou de valeurs pour l’économie.

 

Pourtant, derrière des mots teintés de connotations positives, se cachent des réalités hétérogènes. La polysémie des vocables utilisés : « collaboratif », « communauté », « mutualisation », « lien social »  est révélatrice. Celle-ci est au cœur d’un amalgame gentiment entretenu entre économie collaborative et économie sociale et solidaire. Pourtant l’écart reste grand entre une entreprise aux visées boursières et un Helloasso dont la finalité première est le développement d’associations sans commissions.

Chaque acteur économique utiliserait-il en sa faveur et suivant ses intérêts le même vocable, quitte à en détourner le sens?

 

Que signifie le terme « collaboratif » quand l’entreprise est entre les mains d’actionnaires qui s’approprient les bénéfices ou quand les utilisateurs n’ont aucun pouvoir de gouvernance ? Que veut dire « mutualisation » quand les risques sont uniquement portés par les particuliers ? Quel est le sens du terme  « lien social » quand il ne s’agit que d’une mise en relation entre un chauffeur de taxi et un usager le temps d’une course ? La suppression d'intermédiaires ne rime pas nécessairement avec partage et mise en commun de la valeur créée!

 

Economie collaborative : Les uns servent les actionnaires, les autres les parties prenantes

 

Deux voies de l’économie collaborative semblent donc se dessiner : l'une reposant traditionnellement sur l'économie du capital, l’autre coopérative, sociale et solidaire, sur des groupement de personnes. Selon la voie choisie, et sans aucun jugement moral, la finalité ne sera pas la même. Dans un cas on privilégie logiquement la croissance rapide génératrice de profits et de plus value, et la gouvernance de shareholders (actionnaires) qui l'accompagne, dans l'autre, on privilégie un développement incluant, au-delà du chiffre d'affaires, des objectifs d'utilité sociale ou le renforcement de liens sociaux, et une gouvernance de stakeholders (parties intéressées), qui l'accompagne.

 

Pour le Labo de l’ESS, le collaboratif ne va pas sans les valeurs de circuits courts économiques et solidaires (CCES). Les CCES proposent un modèle dans lequel toutes les parties prenantes sont impliquées dans le temps, afin de développer des écosystèmes fondés sur les valeurs d’équité, de lien social (au sens de connaissance mutuelle et de partage) de transparence et de coopération. Pour ces initiatives, ces valeurs ne sont pas que des mots, elles constituent une réalité inscrite dans des pratiques.

 

Les frontières de l’économie collaborative restent à définir. Les acteurs de l’ESS doivent également s’interroger sur leur rôle à jouer dans cette nouvelle économie. L’objectif est-il de se battre sur le vocable utilisé ou sur le terrain de valeurs mises en pratiques?

 

 

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