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Eric Dupin

Eric Dupin est journaliste et essayiste. Il a collaboré à de très nombreux titres de la presse française dont Libération, Les Echos, L’Express ou encore Marianne. Il écrit aujourd’hui dans Le Monde Diplomatique et Slate.fr. Eric Dupin est l’auteur de dix ouvrages d’analyse politique ou d’enquête de terrain. Le dernier, « Les Défricheurs - Voyage dans la France qui innove vraiment » a été publié en septembre 2014 aux éditions La Découverte.

Eric Dupin

Journaliste / Essayiste

Entreprendre autrement : l’alliance de l’idéalisme et du réalisme

Entrepreneuriat social  |  économie sociale et solidaire

Un entrepreneur ne cherche pas forcément à faire fortune, ni même la réussite sociale. Au cours de mon périple à la rencontre des Français qui vivent et travaillent différemment, j’ai rencontré de drôles de patrons. Des « alterentrepreneurs », paradoxalement aussi idéalistes que réalistes. S’ils agissent dans le cadre de l’économie de marché, et ne dédaignent parfois pas l’aide des collectivités locales, ils sont avant tout guidés par des valeurs sociales et/ou écologiques.

 

Des entrepreneurs porteurs d’écologie sociale 

Ces entrepreneurs particuliers ont l’ambition de changer le monde concrètement, en agissant à leur propre échelle. L’écologie dont ils sont porteurs est profondément sociale. Le respect de la nature est, pour eux, indissociable du respect des autres. Un même souci de cohérence les pousse à piloter leurs entreprises selon des méthodes en phase avec les finalités qu’ils poursuivent. C’est pourquoi le modèle coopératif - dans ses différentes variantes - est souvent privilégié par ces « défricheurs ».

 

L’entreprise solidaire privilégie souvent le modèle coopératif 

Quatre exemples éclairent ces démarches originales. Elle sont quelquefois le produit de reconversions professionnelles. Au-dessus des gorges du Tarn, deux anciens amis d’enfance, Hélène Viruega et Erik Bogros, ont créé « Equiphoria ». Un centre novateur de traitement des handicaps, physiques et mentaux, par le cheval. La réussite tient à la mobilisation des compétences de chacun. Passionnée par les chevaux, Hélène a exploité son expérience américaine où ce type de soins est développé. Ancien financier, Erik a porté le « business plan » du projet. Leur entreprise à but non lucratif a été soutenue par le département et la région. Elle va se transformer en coopérative. La spécialisation des salariés est équilibrée par le principe d’une entraide réciproque.

 

"Les entrepreneurs sociaux sont les éclaireurs d’un monde nouveau" 

 

Le pragmatisme et le partage sont la clé de tout 

« Ardelaine », une entreprise autogérée de l’Ardèche proposant des produits à partir de la laine, a une genèse plus militante. Cette coopérative vieille de plusieurs décennies emploie une petite cinquantaine de salariés. Gérard Barras, l’un des fondateurs, confie le secret de son succès : « On a toujours traité les problèmes en situation, on n’a jamais spéculé... » Le pragmatisme est la clef de tout. Grâce à un contact direct avec la clientèle, l’entreprise a su adapter son offre à la demande. Elle s’est contentée d’une croissante lente mais régulière et saine. Ardelaine pratique l’égalité des salaires et la polyvalence.

Dans la Drôme, « L’Herbier du Diois », issu de la migration de soixantuitards hollandais, est une entreprise qui traite les plantes en respectant de rigoureuses règles écologiques et sociales. L’usine en bois est à « énergie positive ». La qualité des relations avec les fournisseurs est pour beaucoup dans la réussite de la firme. La hiérarchie des salaires n’est que de un à trois mais les cadres apprécient de ne travailler, comme les autres salariés, que quatre jours par semaine dans cette magnifique région.

A une autre échelle, certains créent leur propre entreprise comme débouché de leur parcours individuel. Citons le cas de « JardiCompost » implanté par Antony Barillé en Loire-Atlantique. Après avoir pas mal bourlingué, ce jeune écologiste aide à l’implantation et à l’utilisation de bacs de compostage au bas des immeubles de Saint-Nazaire. Grâce à un contrat passé avec l’agglomération, il s’épanouit dans un travail qui mêle utilité sociale et écologique.

 

L’entrepreneur social , éclaireur d’un monde nouveau 

Ne sous-estimons pas les difficultés de ces entreprises originales. Elles supposent beaucoup de volonté et d’énergie. Elles impliquent parfois des sacrifices financiers. Mais la satisfaction d’œuvrer dans un but auquel on adhère pleinement n’a pas de prix. Au-delà de leur diversité, ces « défricheurs » sont fiers d’avoir gagné leur autonomie. Ils ne sont plus des rouages d’une société dont ils ne partagent pas les valeurs. Ces gratifications leur font accepter de travailler beaucoup pour une rémunération souvent modeste.

Mais leur moteur est ailleurs : ces alterentrepreneurs ont le plaisir de démontrer qu’il est d’ores et déjà possible de vivre et travailler en rupture avec le consumérisme et le productivisme dominants. Même s’ils sont très minoritaires, ils se vivent comme les éclaireurs d’un monde nouveau. La confiance qui règne au sein d’entreprises dont tous se sentent responsables créé à la fois un climat agréable et un surcroît d’efficacité. Loin d’être un simple moyen de gagner sa vie, le travail devient ici porteur de sens et facteur d’épanouissement.

 

Eric Dupin Auteur de « Les Défricheurs - Voyage dans la France qui innove vraiment », La Découverte.

 

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