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Geneviève Ferone Creuzet

Docteur en Droit, Geneviève Ferone Creuzet a été la Présidente-Fondatrice d’ARESE, première agence française de notation sociale et environnementale puis successivement Directrice de Développement Durable des groupes Eiffage et Veolia Environnement. Elle est aujourd'hui Présidente de Casabee, et associée de Prophil. Auteur « 2030 le krach écologique » Grasset 2008, « Bienvenue en transhumanie » Grasset 2011, « Le crépuscule fossile » Stock 2015.

Geneviève Ferone Creuzet

Présidente de Casabee - Associée de Prophil

L’entreprise et sa stratégie RSE doivent servir le bien commun !

économie sociale et solidaire

L’entreprise et sa stratégie de RSE doivent servir le bien commun !

La Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) s’est construite dans les années 90 autour du concept des « stakeholders » (parties prenantes). La responsabilité de l’entreprise s’étendrait ainsi à la prise en compte de tous les acteurs ayant un intérêt dans l’entreprise, au-delà des actionnaires. Toute la question se trouve dans la nature de cette prise en compte qui obéit à des lignes de tension variables selon les réglementations nationales, les cultures managériales et le jeu de contraintes dans lequel se meut l’entreprise considérée.

Les rudiments de la RSE dans le nœud d’intérêts complexes.

Malgré ces incertitudes, toutes les entreprises ont progressivement maitrisé les rudiments de la RSE ; la fonction a trouvé sa place dans les organigrammes (mais beaucoup plus souvent associée à la communication qu’à la stratégie ou qu’aux opérations). La plasticité du capitalisme a parfaitement assimilé les codes de la RSE pour mieux la vider de sa substance et la maintenir en marge des fonctions régaliennes et de l’outil de production, loin des conseils d’administration où sont discutés les mécanismes profonds de création et de partage de la valeur. Ce n’est pas tant l’actionnaire en tant que tel qui est mis en cause mais plutôt la logique de prédation, de vision de court terme qui s’est imposée, au nom de l’intérêt de l’actionnaire par ceux qui agissent en son nom, les managers et les investisseurs.

Il est du coup difficile de faire émerger une stratégie de RSE dans le nœud de ces intérêts complexes. Rares sont donc les entreprises, qui sont allées dans le sens d’une véritable remise en cause de leurs modèles économiques et de leur gouvernance. La RSE reste ainsi intrinsèquement fragile et discrétionnaire car elle repose sur l’engagement et les valeurs de celui ou celle qui possède l’entreprise ou agit en son nom. Ainsi dépourvue de tout fondement juridique, comment une politique de RSE, même fortement incarnée et appropriée, pourrait-elle résister à un changement de culture actionnariale et managériale ? Quelle partie prenante, et à quel titre, pourrait ainsi rendre opposables des engagements souscrits au nom de la RSE ?

La conception institutionnelle de RSE et les transformations rapides du monde.

Nous observons que le concept de RSE entendu dans un sens institutionnel n’est plus en phase avec les transformations rapides du monde et les enjeux complexes du développement durable. Il s’agit moins de préserver sa réputation que de s’engager dans un processus de transformation profond et irréversible au cœur duquel se trouve la quête de sens et d’utilité sociale. Une stratégie RSE devrait réellement associer les parties prenantes à la gouvernance. Par exemple la Camif, entreprise d’aménagement intérieur, s’est reconstruite en 2009 autour d’une stratégie de réseau social. Cette ambition trouve des réalisations très concrètes, comme le choix de réaliser chaque année un « Tour de France du made in France » pour permettre aux clients, fournisseurs et collaborateurs de se rencontrer et d’inventer les futurs produits de la marque ou encore d’engager les collaborateurs dans la réalisation du budget annuel.

Dans une planète sous pression, qui devra subvenir aux besoins de 9 milliards de personnes d’ici 2050, quelle part prendront les entreprises de demain à la marche du monde ? Quels seront les nouveaux leviers de création et de partage de la connaissance, du travail et du capital ?

Restaurer l’entreprise comme un acteur de création collective.

Au-delà des postures idéologiques, il faut se poser la question de savoir à qui appartient l’entreprise. Des pays ont promu le statut « purpose-with-profit corporations ». Ainsi, en 2010, des États américains, à commencer par la Californie, ont mis en place des formes juridiques, (flexible purpose corporation ou benefit corporation) permettant aux entreprises à but lucratif de poursuivre la mission telle qu’elle est inscrite dans leurs statuts et en y associant leurs parties prenantes. Par exemple l’entreprise Patagonia, qui fabrique des vêtements de plein air, est une Benefit corporation qui s’engage en faveur de l’environnement. Cette forme juridique permet à l’entreprise de positionner cette mission au cœur de sa stratégie y compris sur des sujets très sensibles : levée de fonds, transmission et même changement d’actionnaires. Plusieurs pays en Europe se sont aussi engagés dans cette voie, (la community interest company anglaise ou de la Societa Benefit en Italie). Le mouvement est lancé est France notamment grâce aux recherches menées par les Mines ParisTech sur l’objet social étendu (OSE).

La promesse de ces entreprises à mission est de restaurer l’entreprise comme un acteur de création collective et de protéger ce potentiel de création de valeurs partagées, gage d’une régénérescence en profondeur du concept de responsabilité sociale.

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