Leur point de vue nous inspire

Bio

Fermer l'encart de biographie

Hervé Lanouzière

Hervé Lanouzière a occupé plusieurs postes au sein des ministères en charge du travail. Après avoir participé à la réécriture du Code du travail, il est devenu en 2008 le conseiller technique à la sous-direction des conditions de travail de la direction générale du Travail (DGT) où il a piloté la cellule "risques psychosociaux" créée en 2010. Il fut également directeur adjoint du travail à la DDTEFP du Rhône, Responsable du département formation initiale à l'INTEFP (Institut national du travail de l’emploi et de la formation professionnelle) et Inspecteur du travail. Hervé Lanouzière est l’auteur de « Prévenir la santé et sécurité au travail » (éditions Lamy).

Hervé Lanouzière

Directeur Général de l’ANACT

Qualité de vie au travail : phénomène de mode ou vague de fond ?

Management / RH / Formation

Qualité de vie au travail : phénomène de mode ou vague de fond ? 

 

Les entreprises et les médias ont parfois tendance à réduire la qualité de vie au travail (QVT) au seul confort individuel. En réalité, la QVT est l’ensemble des attributs du travail qui donnent simultanément satisfaction au client, à l’usager, à l’employeur et au salarié. Loin des phénomènes « périphériques » au travail et à la limite de l’effet de mode (massages, relaxation, espaces détente), elle constitue avant tout une démarche qui aide les entreprises à faire face aux défis et aux transformations auxquels elles sont confrontées : la satisfaction des salariés devient ainsi l’un des facteurs de réussite de ces changements.

 

Pour y parvenir, il faut cependant que l’entreprise fasse de la QVT un paramètre stratégique à part entière. Or l’intérêt de cette réflexion globale est encore loin d’être une évidence pour tous. Depuis la signature de l’Accord National Interprofessionnel (ANI) de juin 2013 (http://www.anact.fr/portal/pls/portal/docs/5758413/13904379.PDF) , une cinquantaine d'accords intitulés « Qualité de vie au travail » ont certes été signés, mais à peine un tiers porte sur une démarche globale en faveur d’une transformation réelle de l'organisation du travail.

 

La qualité de vie au travail joue sur l’attractivité

 

Les entreprises commencent pourtant à prendre ce virage, sans qu’il soit encore possible à cette heure de dresser un bilan.

Certaines d’entre elles, jusqu’ici plutôt engagées dans des démarches de prévention des RPS (risques psychosociaux), requalifient leur approche. Elles mesurent qu’il est impossible d’aborder la question du travail sous le seul angle des risques et que la qualité de vie au travail peut apporter des réponses aux questions d’attractivité, par exemple.

D’autres entreprises comprennent également qu’une réflexion globale est plus féconde qu’une approche cloisonnée des questions, déconnectée de leurs sujets de performance. La loi Rebsamen, sur le dialogue social, consacre cette approche en créant un bloc de négociation autour de la qualité de vie au travail.

 

La qualité de vie au travail n’est donc plus un concept éthéré, mais un important travail doit encore être conduit pour la rendre opérationnelle. Il faut en revenir aux fondamentaux, et travailler sur les sujets concrets énumérés par l’ANI.

Par exemple, aborder la conciliation des temps entre travail et vie privée implique de réfléchir au télétravail, au coworking, aux usages numériques.

Il faut aussi s’adresser aux managers qui conduisent un projet (déménagement, introduction d’un nouvel équipement, changement d’orientations stratégiques) et leur donner les outils qui leur permettront d’intégrer la dimension QVT, en confrontant les exigences de l’activité réelle du travail aux attentes du travail de demain.

 

La qualité de vie au travail est un paramètre stratégique à part entière

 

En clair, la qualité de vie au travail n'est pas une option de confort : c'est bien une autre manière de travailler. A ce titre, elle doit être portée par les plus hautes instances de l’entreprise, convaincues de sa nécessité. Le comité exécutif, le comité de direction, doivent donner l'impulsion, par exemple dans le cadre d‘un projet de transformation, et faire de la QVT un paramètre stratégique à part entière, intégré dans les processus décisionnels.

 

Car l’entreprise a tout à y gagner. La QVT constitue, en effet, un élément incontournable pour relever les défis actuels auxquels les entreprises doivent faire face.  Ainsi, cette menuiserie de 21 salariés qui souhaitait faire face à la concurrence de grands cuisinistes industriels et répondre aux exigences croissantes de sa clientèle. Elle devait, dans un premier temps, installer des dispositifs de captage des poussières sur ses machines. L’entreprise a saisi cette opportunité pour lancer une réflexion globale, en s’interrogeant avec les salariés sur la compatibilité de ce projet coûteux avec sa stratégie de développement, ses flux, ses goulots d’étranglement et son logiciel de production. Elle a utilisé des outils de simulation numériques pour définir l’implantation future du nouvel atelier, en intégrant des données telles que le port de charge lourde ou l’adaptation des postes aux opérateurs. Ainsi, en partant d’une problématique d’amélioration des conditions de travail, l’entreprise a entièrement réinterrogé la production et amélioré la Qualité de vie au travail. L’engagement des opérateurs, impliqués dans le projet, en est ressorti renforcé et cela a eu un effet positif sur la productivité et la qualité des produits. Le temps libéré par la résolution des problèmes des salariés lui permet aujourd’hui d’enrichir leurs tâches et d’élargir sa gamme de produits.  

 

Mais en pratique, concilier de telles exigences, parfois jugées contradictoires,  est ardu. Et expérimenter n’est pas improviser. Une méthodologie est nécessaire. C’est pourquoi le réseau Anact-Aract propose une démarche QVT propre à chaque entreprise.

 

www.anact.fr

 

Tous les points de vue

Sur le même thème

Commentaires