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Antoine Picon

Antoine Picon Ingénieur, architecte et historien de formation, Antoine Picon est Directeur de recherches à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées. Ses travaux récents portent sur les transformations des villes et de l’architecture provoquées par le numérique. Il est notamment l’auteur de Culture numérique et architecture (2010), Ornament. The Politics of architecture and subjectivity (2013), Smart Cities. Théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur (2013), Smart cities. A Spatialised intelligence (2015).

Antoine Picon

Ingénieur, architecte

La smart city, ville d'opportunité entrepreunariales.

Logistique urbaine

Un ensemble d'innovations décisives

La ville intelligente, smart city en anglais, repose sur un socle d'innovations technologiques parmi lesquels figure la multiplication de puces et de capteurs permettant de savoir, de plus en plus souvent en temps réel, ce qui se passe dans les rues, les immeubles et les réseaux urbains, de l'état de la circulation automobile aux consommations d'eau et d'électricité, des principaux paramètres environnementaux, comme la pollution de l'air, aux appels téléphoniques passés et reçus aux différentes heures de la journée.

Les milliards d'information collectées de la sorte donnent naissance à ce qu'il est convenu d'appeler les big data. Celles-ci permettent non seulement de se forger une idée plus précise de la façon dont fonctionnent les villes, mais encore d'anticiper leur évolution. L'ère des big data est aussi celle de la simulation qui permet de tester des hypothèses et des scénarios avec bien plus de chances de réussite que par le passé. Entre capteurs et bases de données, les ordinateurs, les tablettes et surtout les smartphones permettent opérateurs de réseau et aux habitants d'accéder à toutes sortes d'informations utiles à leur travail et à leur vie quotidienne. Le smartphone s'avère en particulier emblématique d'une nouvelle expérience urbaine fondée sur l'association étroite entre réalités physique et numérique, entre atomes et bits d'information, association qu'on désigne parfois sous le nom de "réalité augmentée".

Au principe de cette nouvelle expérience figure notamment la capacité de géolocaliser l'information, c'est-à-dire de lui associer un point précis de l'espace. Les multiples cartes qui s'affichent sur les écrans numériques se parent du même coup d'une importance particulière. Associée au smartphone, la carte permet de naviguer simultanément dans les espaces physiques et les contenus numériques.

Le rôle des entreprises

Les entreprises ont joué dès le départ un rôle essentiel dans le développement de la ville intelligente. Sous sa forme initiale, le concept de smart city a d'ailleurs été d'abord développé par des géants du numérique comme IBM ou Cisco qui cherchaient à diversifier leurs débouchés. Vers le milieu des années 2000, il s'agissait de développer et de vendre aux villes des plateformes logicielles permettant d'optimiser leur gestion dans des domaines comme les transports ou la sécurité. Progressivement, l’approche par les technologies intelligentes est apparue à toutes sortes d’autres acteurs comme l’une des perspectives de développement les plus prometteuses de l’urbain. C’est à ce stade que les majors de l’ingénierie et de l’aménagement, de l’allemand Siemens aux français Suez ou encore Veolia, ont commencé à réfléchir aux contours possibles de leur offre smart. Mais l’évolution principale tient à la montée en puissance de la question des données. Les big data apparaissent en effet de plus en plus comme la ressource stratégique par excellence, celle dont l’exploitation permet d’imaginer toutes sortes de nouveaux services. Transports, hôtellerie, loisirs : un très grand nombre de secteurs d’activité sont d’ores et déjà impactés par une évolution qui se traduit par la multiplication des startups. Toutes rêvent d’imiter la trajectoire d’Airbnb ou Uber aussi contestables qu'elles puissent paraître à certains.

Des enjeux sociétaux, politiques et éthiques

Il est symptomatique des enjeux sociétaux, politiques et éthiques dont s’accompagne le développement de la ville intelligente que le qualificatif d’"ubérisation" soit devenu d'usage courant en français et suscite des réactions passionnelles. En amont de la publicité faite à de tels débats, toute une série de questions se posent concernant la propriété des données générées par les villes et l'usage qui peut en être fait. Une nouvelle conception des rapports entre public et privé, une nouvelle éthique des affaires semblent à ce propos nécessaires. La ville intelligente ne se fera pas sans les entreprises, mais celles-ci devront évoluer dans leurs pratiques comme dans les objectifs qu'elles s'assignent afin de répondre aux défis qu'elles soulèvent. Il leur faut apprendre en particulier à devenir plus collaboratives encore que par le passé. La notion d'"innovation ouverte" renvoie à cet impératif tout comme la généralisation des fonctionnements en réseau. Par-dessus tout, le caractère sensible de nombreuses données pose la question de la confiance. Les villes comme les particuliers doivent pouvoir se fier aux entreprises avec lesquelles elle partagent des informations. D'un point de vue entrepreneurial, la ville intelligente doit être la ville de la confiance.

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